La vague de supporters qatariens à la Coupe du monde 2026 est née d'un constat peu flatteur : quatre ans plus tôt, le pays hôte n’était pas parvenu à faire suffisamment de bruit ni à créer une véritable ferveur autour de son propre tournoi.
Le Qatar a lancé sa Coupe du monde face à la Suisse, samedi à San Francisco, devant des milliers de supporters vêtus de tenues traditionnelles qatariennes. Ceux-ci se sont rassemblés derrière l’un des buts, agitant des drapeaux bordeaux et blancs au rythme des tambours, tandis que leurs chants résonnaient dans tout le stade.
"Nous avions le sentiment que les supporters étaient dispersés et qu’ils manquaient de visibilité lors de la Coupe du monde 2022", explique Mubarak al-Mansouri, responsable des relations médias de Mudaraj al-Anabi ("La Tribune Bordeaux"), une initiative de supporters créée après le Mondial 2022 organisé au Qatar.
Si le pays du Golfe a réussi l'organisation du plus grand événement du football mondial, certains supporters sont restés frustrés par ce qu'ils considéraient comme un manque d'organisation et de visibilité des fans venus soutenir l'équipe nationale à domicile.
Cette expérience a poussé un groupe de jeunes supporters à lancer "Mudaraj al-Anabi" à l'approche de la Coupe d'Asie 2023, avec l'ambition de fédérer les fans de la sélection qatarienne et de créer une atmosphère plus unie, plus visible dans les tribunes.
L’initiative a rapidement pris de l’ampleur. Lors du deuxième titre consécutif de champion d’Asie, obtenu à domicile par le Qatar en 2023, le groupe a organisé des chants, coordonné les supporters et encouragé la présence du public aux matches.
"Les supporters ont été l’une des raisons pour lesquelles nous avons remporté la Coupe d’Asie", estime Mubarak al-Mansouri à Reuters. "Ils ont également joué un rôle important dans notre qualification pour la Coupe du monde."
"SANS PRÉCÉDENT"
La croissance du groupe était évidente lors du premier match de ce Mondial contre la Suisse (1-1).
Selon lui, environ 1.000 supporters ont fait le déplacement depuis le Qatar pour la compétition, mais le contingent a atteint près de 4.000 personnes une fois que des étudiants, des expatriés, des touristes et des membres des communautés arabes les ont rejoints.
"La demande de billets de la part des étudiants, des visiteurs et des communautés arabes a été sans précédent", dit-il.
Le mouvement a également travaillé en étroite collaboration avec la Fédération qatarienne de football, qui, selon Mubarak al-Mansouri, a contribué à fournir des billets, des vols pour les matches à l’extérieur et un soutien logistique.
L’émergence de Mudaraj al-Anabi illustre l’essor d’une véritable culture du supportérisme au Qatar, dans un pays où les discussions sur le football ont souvent davantage porté sur les infrastructures et les investissements.
Désormais, son activité s’étend au-delà des stades, comme en témoigne la marche organisée mercredi à Vancouver, à la veille du match contre le Canada, où des centaines de supporters vêtus de bordeaux ont défilé dans les rues pour soutenir leur équipe nationale.
"(Cette marche) reflète la confiance et la foi que nous avons en notre équipe nationale", affirme le supporter Abdulaziz al-Maarafi. "Elle montre également que les supporters qatariens soutiendront toujours l’équipe nationale, où qu’elle joue dans le monde."